Bergère de France en déroute

D’après le Journal l’Est Républicain, Bergère de France aurait demandé un redressement judiciaire. Cet évènement ne m’étonne qu’à moitié.  Leurs fils ne font pas face à la concurrence, ils sont chers et pas d’une qualité géniale (trop de fibres synthétiques à mon goût). Les tricoteuses sont devenues plus avisées et préfère acheter sur internet des produits du même prix et de meilleure qualité.

Il ne faut pas oublier (ça c’est une GROSSE ERREUR dans l’article) que nous avons au moins 2 autres filatures en France:

* la Filature du Valgaudemar (ils n’ont pas de magasins et vendent en direct)

* la Filature Fonty

Les aiguilles à tricoter de Bergère de France, dernière filature française et leader national du fil à tricoter, ne sont pas cassées mais la pelote de laine est tombée et le fil est bien emmêlé. Avec à la clef des nœuds qu’il va être bien compliqué de défaire sans rompre le fil.

Comme nous l’annoncions dans notre édition d’hier, la situation de Bergère de France est dans le rouge. Une procédure sera lancée demain devant le tribunal de commerce. Le sort des 300 salariés est en suspens. Ce matin, ils seront informés via un comité d’entreprise extraordinaire de la situation économique et d’une demande de redressement judiciaire. « Je me dois de prendre des mesures pour l’avenir de Bergère de France. La situation économique est difficile. Le compte d’exploitation de Bergère de France est en déficit de 1,9 M€ pour 32 M€ de chiffre d’affaires sur l’exercice 2014 clos au 31 juillet. Il y avait déjà eu des pertes en 2012 et les perspectives pour 2015 ne sont pas bonnes : un CA à 30 M€ et des pertes de 1,7 M€. L’année civile 2014 a été très mauvaise. Nous allons annoncer plusieurs choses au CE, notamment le dépôt d’une requête devant le tribunal de commerce pour le placement de Bergère de France en redressement judiciaire », explique Jean-Louis Petit. Il ne confirme ou ni n’infirme les informations sur l’impossibilité de verser les salaires de février. Pas question non plus d’évoquer les filiales dont Coditex qui possède les cinq dernières boutiques et les biens immobiliers dont une partie a été cédée. « Notre décision s’appuie sur les problèmes de l’activité de Bergère. Quant à Wega avec la marque Lilith, elle a été vendue en septembre ».

Les clientes passent moins de commandes

L’activité de la filature de Bar-le-Duc est rattrapée par la crise, un marché du textile atone et une consommation en berne. « Nous sommes positionnés dans les loisirs créatifs. Si le panier moyen reste stable (autour de 45 € HT), nos clientes, toujours aussi nombreuses, passent moins de commandes. On reste en moyenne au-dessus de 2 malgré un recul de 10 % en trois ans. Deux tiers du CA est assuré par la vente à distance avec le catalogue et internet qui représente 38 % du CA. Le dernier tiers vient des boutiques et du réseau de distribution dans les merceries et chez des partenaires comme Truffaut et Cultura. Le réseau de distribution accuse aussi une baisse », détaille Geoffroy Petit. Le développement de l’export ou la baisse de la moyenne d’âge, 50 ans (45 ans sur internet) ne compensent pas l’effet ciseau.

Geoffroy Petit et son père assurent y croire : « Nous sommes le dernier fabricant distributeur avec des collections propres. Les autres font produire en Turquie ou en Chine alors que nous maîtrisons toute la chaîne de fabrication. Nous avons investi 6 M€ en 8 ans par autofinancement. Nous déclenchons cette procédure pour pouvoir, dans la sérénité, prendre les décisions qui s’imposent afin que Bergère de France puisse continuer. Pour préserver le site de production de Bar-le-Duc, les emplois et la pérennité de la société. C’est grâce à la compétence des salariés que Bergère de France est leader français du fil à tricoter et se développe à l’étranger, en Grande Bretagne, au Canada et aux États-Unis ».

80 départs en 4 ans

Les salariés ont, eux déjà senti les difficultés. L’entreprise a réduit ses effectifs de 80 personnes en quatre ans. « Des départs naturels non remplacés. Il a fallu ajuster à la situation », indique Jean-Louis Petit. Avec son fils, il refuse pour l’instant de dévoiler les conséquences sociales du plan de relancer.

Sébastien GEORGES

18 réflexions sur “Bergère de France en déroute

  1. En effet, quand on lit l’article du Figaro, on se dit que Bergère de France est passé à coté de quelque chose. Le syndicaliste qui dit que le fil à tricoter est en baisse à une vision très limitée du marché : celle du tricot  » à l’ancienne  » façon Phildar ou Bergère de France. Il ne doit pas connaître Ravelry…
    Drops se porte très bien, avec des fils de bonne qualité naturels et pas chers, et DMC a réussi à développer plusieurs qualités de coton et de laine, mais en visant la qualité, avec un vraie valeur ajoutée : une gamme de couleur phénoménale.
    Le problème de Bergère de France vient clairement d’une incapacité à suivre l’évolution du marché (comme Phildar d’ailleurs, mais ce dernier commence à se corriger). BdF a essayé il y a 2 ou 3 ans de développer des fils haut de gamme, mais à un prix tel que la clientèle n’a pas suivi. La comparaison de prix avec les fils mérinos de Drops devait être du simple au double.
    Reste à espérer que les dirigeants vont prendre conscience de cela, et aussi savoir se tourner vers une clientèle plus jeune et plus écolo, qui n’a pas envie d’acheter du fil à tricoter en plastique au prix du fil naturel. Cela serait vraiment terrible que le savoir-faire des ouvriers et ouvrières de BdF se perde.

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  2. Très intéressant. Je suis d’accord avec les autres commentaires, ils n’ont pas su se moderniser et tirer parti de l’effet Ravelry. Beaucoup de modèles sont magnifiques, mais au prix de la laine, on cherche des substituts. Et leurs coloris sont peu attractifs. Quant aux laines Origins, elles étaient carrément hors de prix. Je me demande ce que cela va donner pour la boutique au Canada.

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      • Triste. Je suis allée dans une petite boutique hier et la dame soldait tout son stock de laine: ne marche pas. Il faut dire que sa spécialité est le tissu avec une étagère de laine, sans de vrais exemples de tricot. Apparemment, le renouveau du tricot ne touche pas toutes les régions de la même façon. Je pense que la clientèle plus jeune commande bien plus sur Internet. Bises.

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    • Justement, c’est à mon avis le fait qu’ils ne se soient pas remis en question. L’industrie lainière se porte bien (Fonty, Valgaudemar), mais je pense qu’ils n’ont pas la même politique non plus

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  3. Pour les fils drops naturels pas chers,posez-vous la question du bien-être des animaux en élevage intensif ? la filière laine n’y échappe pas.Il est très simple de se renseigner sur le sujet ;je vous assure que c’est triste à pleurer.Je refuse de porter des vêtements en laine provenant d’animaux en souffrance.Et bien oui il faut penser la laine!!!!!!

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    • J’avais lu il y a quelques années un article sur les conditions de tonte des moutons en Australie et franchement, ça m’avait donner envie de vomir. C’est qu’il y a ce paramètre. Je pense que Drops s’en sort (je ne connais pas les conditions d’élevage des animaux) car ils ont peu de boutique mais sont largement diffusés à travers le monde.

      Bergère de France (je ne sais d’où vient leur matière première) vend franchement du fil cher et de mauvaise qualité avec trop de fibres synthétique. Leurs fils Origin ont été un vrai flop, ils sont voulu créer du beau fil (certains étaient également avec du synthétique) mais beaucoup trop cher par rapport au marché.

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      • J’ai lu ces articles et d’autres encore .Difficile après de ne pas réagir :le mérinos de bergère de France provient du sud à Arles,et ils ont pris conscience de l’enjeu écologique (teinture).Ce qui explique en partie le prix.Quant à Drops,je n’ai jamais reçu de réponse à mon courrier.Je pense qu’il faut mettre de l’éthique dans nos choix plus que jamais.C’est un pouvoir que nous avons,utilisons le.La laine provenant de moutons heureux est plus jolie!
        Bien à vous cordialement.

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  4. Les fermetures de boutique sont en effet un vrai problème. Mais comme le dit Miss Agnès, l’offre souvent n’est pas adaptée à la demande. Sur Lille, nous avons une caverne d’Alibaba, La Lainière de Wazemmes. Il y a un stock phénoménal, c’est très mal rangé (pas la peine de vouloir entrer avec une poussette…), ce n’est pas cher du tout, mais il s’agit de fin de séries, d’invendus, et de qualités moyenne, beaucoup d’acrylique. Mais la boutique marche très bien car elle répond à une attente de la clientèle : pas cher (parfois moins de 1 € la pelote), et du stock.
    La Droguerie tourne bien, car le magasin est très bien situé dans le Vieux-Lille. Elle tricote a tenté d’ouvrir un magasin l’année dernière, mais la boutique très mal située n’a pas tenu un an. Et Phildar, après avoir fermé plein de magasins dans les galeries commerçantes, a ouvert une boutique dans une rue piétonne qui tourne bien.
    On revient au problème initial, celui de l’adaptation de l’offre à la demande… Il y a à Paris des magasins qui tournent très bien avec une offre tissus+laine (Lil Weasel, L’Atelier, Les Petits Points Parisiens, et j’en oublie).
    Finalement, il y a une place pour ces magasins qui offrent des laines à prix raisonnables (Fonty) en vrai laine, pas en acryl. Reste à persuader les banquiers qu’il y a un marché pour cela sans qu’ils pensent immédiatement tricot = vieille-mémé-en-pantoufles-avec-chat-au-coin-du-feu…

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  5. Les mérinos de Fonty aussi viennent aussi de toisons françaises, un de leurs fils vient lui de toison de moutons portugais, dont certains sont d’ailleurs élevés dans la Creuse. Les teintures de Fonty sont depuis longtemps écologiques. BdF n’a su que trop tard changer son fusil d’épaule et ses fils ont vraiment trop de fibres synthétiques. Ces fils 100 % fibres naturels sont vraiment rares (le mérinos, de la laine peignée ..) et leurs prix sont trop chers par rapport à la qualité, car je n’hésite pas à y mettre le prix quand la marchandise en vaut la peine et pour moi les fils BdF n’en valent pas la peine.

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  6. J’ai connu les faillites des filatures du Nord mais celles ci étaient du à la crise de l’industrie textile, seul BDF et phildar tiraient leur épingles du jeu alors que leurs fils étaient moins nobles . Ils ont eu le champs libre pendant plus de 30 ans et n’ont pas réussi a suivre l’évolution de notre société .
    J’ai été surprise d’entendre qu’il s’agissait de la dernière filature de France, mais actuellement on fait le buzz et on ne prend pas le temps de s’informer, effectivement les filatures Fonty et Vaulguemar font un très beau travail, leur rencontre sur les salons est toujours enrichissante et pationnante ,ils sont modestes et de très bons conseils et on pris conscience des exigences des tricoteuses tant sur la qualité que sur le côté écologique et le respect de l’animal.
    Oui ravelry a changé la vie des tricoteuses ! Et nous nous sommes adaptées, ne trouvant plus de magasin de laine avec un vrai conseil nous nous sommes tournées vers internet et même si c’est difficile de choisir il y a un véritable service, et tellement de jeunes créateurs qui ont la passion du fil et des belles couleurs

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  7. c’est drole de mettre Phildar et BDF dans le meme sac…car vraiment Phildar a toujours essaye de mettre des fils fantaisies assez sympa sur le marche…..et chaque annee de nouveau…il y a quand meme une certaine activite sur leur fil et dans leur catalogue…..(je regrette encore leur qualite clapotis)…et meme sur leur modele…..

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